Je n étais pas prête à te dire A Dieu Papa, même à 47 ans. Que me restera-t-il de toi dis moi papa?
J'ai 47 ans, tu te bats depuis 16 ans et les 4 dernières années ont été pour toi un véritable chemin de croix.
Je t'ai trop souvent dis au-revoir le ventre noué en pensant "c'est peut être la dernière fois". La dernière fois c'était le mardi 16 juin.
Il me restera la musique d'un carillon en bambou posée sur ta souffrance.
J'ai 35 ans. Mon second trésor A. arrive dans nos vies, ton dernier petit-fils. Tu aurais pu ne pas les connaitre, lui et D.. Ils t'apporteront la joie d'être grand-père de 2 petits gars, toi qui n'a eu que des pissouses.
Il me restera ta tendresse et ta patience envers tes petits-enfants.
J'ai 33 ans, nous réussissons à avoir une maison à Versailles, forcément pleine de travaux. C'est loin, tu sors de ton opération du foie, mais tu es là, n'arrêtant qu'après que le soleil se couche avec S. comme commis.
Il me restera ta force de travail, à toi qui nous dira " y a 6 mois, j'en aurais été incapable "
J'ai 30 ans. Je viens te présenter mon premier trésor A. un jour d'arrachage de patates. C'est comme ça à la Touche, tu vis proche de la terre et de la nature.
Il me restera le goût d'observer les saisons et de herser mes godasses dans les chemins de La Lande.
J ai 27 ans, tu découvres Versailles en ponçant le parquet de notre premier appartement. Tu te dis que ta fille avance dans la vie. Tu découvre le château avec Maman. Nous faisons de la barque sur le grand canal avec A.
Il me restera ton goût pour le travail bien fait, et le plaisir qui vient, après.
J'ai 23 ans. Un accident de voiture me ramène 6 mois à Serent, un peu cassée. Tu gagnés 6 mois à temps plein avec moi. Nous jouons à Cat' apult sur mon premier ordinateur.
Il me restera le souvenir du loto des chasseurs où tu gagnes une malette à outil qui me reviendra. Il le faut bien, je vais bientôt m'envoler pour Vitré, le Mans, Saint Cyr et tu ne seras pas toujours là.
J'ai 20 ans. Je décide de poursuivre mes études en HSE. Il y a 4 écoles en France. Tu démarres la 505 bondées de mes affaires un matin de septembre pour traverser la France jusqu'à Mulhouse, sans autoroute. L'après-midi,Colombey-les-deux-eglises s'affiche sur les panneaux.
Il me restera les étoiles dans tes yeux devant la traction avant de De Gaulle. Inoubliable.
J'ai 18 ans. Je rentre du Nautile à 5h du matin, et je tosse un lièvre avec l'Austin. Je le pose sur la table de la cuisine.
Il me restera le son de ta voix 3h après, un étage au-dessous de moi : "Ah la ptite bondiou, elle en a eu un". Je souris puis me rendors, ma nuit n'est pas finie.
J'ai 11 ans. Il y a fête à Saint Jacques. C'est le soir, il fait beau, nous y sommes tous les cinq.
Il me restera le goût des tripes et des frites. Tu m'as appris que la vie n'est belle que de choses simples.
J'ai 9 ans. Je suis en CM1 chez sœur Thérèse et sœur Bernadette. En maths, l'une demande que quelqu'un apporte un plomb et un niveau. Je sais ce que c'est, je sais que tu as ça.
Il me restera la fierté d'avoir été celle qui les a apportés en classe. Des maths et du concret, c'était pour toi ça Papa.
J'ai 4 ou 5 ans, nous sommes à la kermesse de l'école à la fin juin. Tu tiens la buvette avec d'autres papas. Il est bien 8h du soir. Tu m'assoies sur le bar et m'offres un Orangina bien frais dans ces bouteilles en verre d'anthologie. Quelqu'un arrive, qui vient nous dire que j'ai gagné le premier prix de la tombola : un vélo demi-course adulte. Je n'ai que faire d'avoir gagné. Je savoure cet instant avec toi.
Il me restera ce moment père- fille, mon plus vieux souvenir de toi, à l'âge où une petite fille n'imagine pas que le temps qui lui reste avec son papa a déjà commencé à s'écouler.
J'aimerais toujours l'orangina.